LETTRE OUVERTE AU MAIRE DE POINTE-A-PITRE et AU PRESIDENT DE REGION Objet : Va-t-on laisser mettre en danger la vie des guadeloupéens et notre environnement en créant une Marina en plein Jarry ? Il nous a été donné de découvrir qu'un projet porté par une société privée est en cours de finalisation, en catimini, dans la baie de Jarry, en violation des règles de sécurité du Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT), sans égard pour le Schéma d’Aménagement Régional et le Schéma de Mise en Valeur de la Mer (SAR/SMVM) et en méconnaissance du droit de l'environnement et du principe élémentaire de solidarité territoriale qui fonde Cap Excellence. En effet, présenté comme « une aire de plaisance», le projet qui nous préoccupe consiste en l'aménagement d’un port de plaisance, plus communément appelé Marina, destiné à accueillir 300 bateaux à flot, avec des unités pouvant atteindre jusqu’à 15 m de longueur, répartis sur 3,9 ha dans la partie sud de la zone industrielle de Jarry. 300 bateaux, avec les services appropriés et les activités d'animation et de commerce qui y sont attachés, il n'est pas besoin d'avoir fait de hautes études pour comprendre que cette nouvelle Marina de Jarry fera concurrence à notre Marina de Bas-du-Fort, au risque de lui porter un coup fatal, alors qu’elle constitue un atout économique et financier majeur pour la ville de Pointe-à-Pitre. En outre, à l’échelle de la Guadeloupe toute entière, qu'est-ce qui justifie que tous les efforts de développement continuent de se concentrer sur Jarry, secteur déjà fort encombré, alors que d'autres communes, d'autres îles de notre archipel, d'autres lieux, tel Vieux Bourg Morne-à-l’eau qui offre un excellent plan d’eau, par exemple, manquent cruellement de moyens pour se développer. Qu'en pense le Maire de Morne-à-l’eau ? Le développement équilibré du territoire n’est-il pas la vocation affichée de la Région? Comment penser que l'on puisse laisser faire une telle Marina à Jarry, alors que l’Autorité environnementale compétente, en vertu des articles L-122-1 et suivants du Code de l’environnement, a, elle-même, émis de vives réserves sur le projet, dans les termes ci-après : « Le projet pose un problème majeur de sécurité des personnes, dans la mesure où celui-ci est prévu pour être implanté en partie dans le périmètre du plan de prévention des risques technologiques (PPRT) de la Pointe Jarry, et en totalité dans la zone couverte par le plan particulier d'intervention du même secteur. Par conséquent le projet, tel qu’il se présente aujourd’hui, est incompatible avec le règlement du PPRT… Le plan de prévention des risques technologiques PPRT de la Pointe Jarry prend en compte les accidents susceptibles de se produire sur les deux établissements SEVESO SARA et RUBIS. Le projet est incompatible avec le règlement du PPRT… » Ledit règlement « interdit, en son titre II, chapitre 13, article 13.2.1, explicitement dans cette zone les aménagements d'espaces publics de proximité avec des équipements de nature à attirer une population extérieure à la zone… Le règlement de ce plan approuvé en 2011 et annexé au PLU de la commune de Baie Mahault constitue une servitude d'utilité publique à laquelle il ne peut être dérogé. L'aménagement dans sa totalité reste en outre dans la zone couverte par le plan particulier d'intervention (PPI) de la Pointe Jarry: ce plan de crise (ou ORSEC risques technologiques), approuvé par arrêté préfectoral le 21 septembre 2011, vise à gérer les effets hors sites d'accidents technologiques susceptibles de survenir sur les établissements SARA et RUBIS, mais aussi EDF et GMA. Dans la zone couverte par le PPI, des consignes de mises à l'abri et d'évacuation sont à mettre en oeuvre. Or, actuellement, aucune aire de plaisance n'est présente (officiellement) dans le périmètre de PPI et aucune disposition spécifique n'est donc prévue pour la mise à l'abri ou l'évacuation des usagers », que le pétitionnaire a déclaré déjà pratiquer sur le site. L'autorité environnementale constate également que ce fameux projet n'est pas conforme au SAR, document de référence opposable en matière d'aménagement du territoire sur l'ensemble de la Guadeloupe, car il se situe dans une zone classée «espèce maritime à forte valeur patrimoniale». Malgré tout, ladite autorité, qui n’est autre que le Préfet de Région, laisse une porte ouverte au pétitionnaire en « lui recommandant instamment d'établir une déclaration de projet préalablement au démarrage de tous travaux » Bien que Jarry soit déjà passablement polluée, l'Autorité environnementale ne peut s'empêcher de relever l'existence de risques environnementaux, en raison, notamment, de : • « plusieurs espèces de cétacés et de tortues marines, bénéficiant d'un statut de protection réglementaires, sont observables en Guadeloupe ; • présence d’herbiers mixtes denses à clairsemés dans les secteurs de profondeur <1 m ; • présence de palétuviers sur un linéaire d'environ 60 m, pour lesquelles les auteurs de l'étude rappellent qu'ils sont susceptibles d'abriter une biodiversité importante ; • proximité de la forêt sèche de Lapointe à Donne à l’Ouest. » En outre, avec la croissance vertigineuse des usagers, jusqu'à 300 bateaux prévus, le développement de cette aire de plaisance sera à l'origine de «perturbations du milieu (rejets d'hydrocarbures, présence de macro déchets, polluants métalliques ou organiques) susceptibles d’impacter les herbiers». Enfin, l'Autorité environnementale signale “les incohérences, contradictions et imprécisions de l'étude d'impact, qui ne remplit pas les objectifs pour lequel elle est imposée, à savoir renseigner le public et les décideurs sur la bonne prise en compte de l'environnement et proposer un projet le moins impactant possible pour l'environnement ». Face à un tel projet, aucun écologiste, ni même aucun élu responsable ne peut rester taisant, car il semble évident que l’Etat s’apprête à donner son agrément à ce projet, tout en reconnaissant les risques qu’il comporte tant pour la sécurité des personnes que pour l’environnement. C’est pour cela que nous avons décidé d’alerter la population et les élus directement concernés en publiant la présente lettre ouverte. Dans le contexte de déficit financier que traverse la ville, on ne peut que s’étonner que le Maire de Pointe-à-Pitre, qui est représentée au sein du Grand Port Maritime de Guadeloupe (GPMG), n’use pas de son influence pour contrecarrer ce projet qui sonnera le glas de la Marina de Bas du Fort. A qui fera-t-on croire en la neutralité de l’Etat, également représenté au Conseil de surveillance du GPMG, qui a laissé inscrire ce port de plaisance de Jarry dans le projet stratégique 2014-2018 dudit GPMG, et qui s’apprête à donner son accord pour sa réalisation tout en mettant en exergue ses défauts et les risques multiples qu’il comporte. Que dit le Président de Région, ancien Maire de Baie-Mahault, qui a promis un développement équilibré de l’ensemble de l’archipel guadeloupéen ? Nous attendons les réponses à ces questions pour aviser des actions juridiques et de terrain à entreprendre pour couper cours à ce projet funeste. Nous en avons assez que l’intérêt général soit sans cesse sacrifié au profit des intérêts particuliers de certains, qui semblent bénéficier de connivences dans les circuits administratifs. Répondè répon’n ! Harry J. DURIMEL Porte parole de CELV