Depuis que nous avons été élus, nous avons pu constater directement la densité du travail accompli au sein de l’institution régionale. Cependant, force est de déplorer une insuffisante participation des guadeloupéens dans l’élaboration et le suivi de l’action de ses élus, ce qui contribue à creuser encore plus le fossé existant entre ces derniers et ceux qu’ils sont censés représenter.

Nous les Verts, n’avons cessé de prôner la démocratie participative. La démocratie participative, c’est une plus grande implication des populations dans l’action publique, sans pour autant occulter le pouvoir de décision des élus. Elle permet de faire remonter les besoins et les attentes, de les confronter à une expertise ou à un débat, et enfin d’élaborer des propositions d’actions.

Aujourd’hui encore, alors que les ténors politiques s’affairent sur la question de l’évolution statutaire ou institutionnelle, la grande majorité de la population manifeste incompréhension et indifférence quant à ce sujet. Pire, elle considère que les animateurs de ce débat sont plutôt préoccupés par leur carrière politique que par les incidences réelles des réformes annoncées sur la vie quotidienne des citoyens.

S’il est vrai que les Hommes politiques doivent assurer un rôle de guide et d’éducateur du peuple pour l’aider à se projeter dans l’avenir et à se responsabiliser, rien ne les autorise à s’ériger en maîtres de la conscience populaire. Nous devrions tous suivre ce précepte d’Aimé CESAIRE : « un pas devant le peuple, pas deux ». Nul n’a le monopole de l’intelligence, ni de l’amour de la Guadeloupe et ce n’est pas parce que l’on n’est pas un politicien que l’on est privé de bon sens.

En entonnant le refrain de l’urgence de l’évolution des institutions, tout en ignorant les exigences du réchauffement climatique qui conditionneront en grande partie les modes de vie et définiront les emplois de demain, nous passons à côté de la vraie révolution, celle qui permettrait de sortir de la guerre de tranchée ambiante et d’impulser une véritable concertation entre tous les acteurs de notre société : élus et personnels, habitants, associations, syndicats, entreprises, structures déconcentrées de l'État, réseaux de l'éducation et de la recherche…

La vraie révolution passe, pour nous élus, par le renforcement de l’attractivité de nos territoires, la mise en œuvre d’une politique de l'habitat appuyée sur la haute qualité environnementale, l'utilisation de ressources renouvelables, la maîtrise de l'énergie, le développement de modes de transports alternatifs à l'automobile individuelle, la création d'activités répondant à la demande sociale locale et d'emplois qualifiants et durables ou de nouvelles filières d'emplois.

Les entreprises, et en particulier les PME et TPE, porteuses d’emplois et de développement économique sont des relais essentiels et indispensables au développement durable du territoire. Elles souhaitent de plus en plus être entendues par les décideurs publics. Et les citoyens, quant à eux, ont de plus en plus envie d'agir dans l'environnement où ils vivent tous les jours.

Nous devons donc proposer, initier une véritable révolution qualitative dans nos modalités de prise de décisions, de concertation et de construction des politiques publiques.

Il nous faut développer une véritable intelligence collective, créer une communauté épistémique, c’est-à-dire définir un cadre de pensées, de valeurs communes et références partagées qui circuleront au sein des sphères administratives, politiques, scientifiques, culturelles, économiques, liées à l'éducation, la santé, les échanges etc. La communauté épistémique facilitera la construction d'une idéologie commune qui va imprégner les esprits déjà trop formatés par le néocolonialisme et l’assistanat. A l’apathie ambiante, il faut substituer un autre état d’esprit, non pas de « locataires », mais de « propriétaires » de notre archipel. L'écologie politique est émancipatrice et offre de nouveaux cadres d'action et de légitimation qui transcendent, sans l’exclure, la problématique statutaire.

Certes, le projet pour lequel nous avons été élus existe déjà dans ses grandes lignes et ses thématiques de fond. Mais il doit s'étoffer, prendre corps. Nous devrons travailler sur l'appropriation des contenus par le peuple et sur la mise à contribution des différentes entités du rassemblement ayant conduit à l’éclatante victoire de Mars 2010.

D’où la nécessité d’opter, ici et maintenant, pour la démocratie participative sans attendre une quelconque évolution statutaire ou institutionnelle.

Certains engagements ne peuvent se soustraire à une adhésion citoyenne. Dans le cadre de certains projets relatifs à l’aménagement, à l’urbanisme, à la préservation de l’environnement, les textes exigent d’ores et déjà l’information des citoyens, leur avis ou encore leur implication directe en amont de la prise de décision.

Consulter les personnes susceptibles d’être concernées, d’une manière ou d’une autre, par la réalisation d’un projet peut permettre de désamorcer d’éventuels conflits, d’éviter une situation de rejet par principe. L’adhésion de la population présente plusieurs avantages : moins de frustration des électeurs, moins de risques de recours en justice et donc de retard dans la réalisation du projet.

Une action, une construction à laquelle chacun a pu participer à sa manière est davantage respectée qu’un projet imposé d’en haut. La concertation permet d’enrichir les projets et de stimuler des partenariats locaux.

Comment mettre en place cette démarche de démocratie participative ?

Un ingrédient indispensable : la volonté politique

La démocratie participative induit un renouvellement du processus de décision publique. La volonté et le soutien continus de l’élu sont indispensables pour assurer le succès de cette démarche.

La démocratie participative implique l’interaction de deux sphères : l’une politico-administrative et l’autre correspondant à la société civile locale, selon des règles établies par les élus, seuls détenteurs du pouvoir de délibération.

S’il est vrai que le contexte socioculturel local inhibe la démarche participative des guadeloupéens, il revient aux pouvoirs publics locaux de créer les conditions d’une mobilisation et d’une participation des citoyens.

Une démarche de démocratie participative bien menée permet de construire des relais au sein de la société civile et de rapprocher les élus des citoyens.

Dans le cadre de la démocratie participative, l’évaluation participative est un outil de pilotage et de transparence de la vie politique locale. En ce sens, elle permet de répondre à la question de la compréhension par le public des tenants et aboutissants de la politique menée. Cet exercice s’inscrit dans une démarche grâce à laquelle se créent des liens de confiance et une reconnaissance réciproque des acteurs locaux.

Faire un état des lieux et fixer des objectifs

Les besoins des territoires composant notre archipel sont différents. Il est donc indispensable, avant toute chose, de dresser un état des lieux pour faire ressortir leurs besoins spécifiques, puis de fixer des objectifs clairs et réalisables. Afin d’obtenir un diagnostic partagé par toutes les parties prenantes, cette étape d’état des lieux doit être réalisée en concertation avec les citoyens.

Soutenir les différents interlocuteurs

Il faut identifier les multiples acteurs, les parties intéressées, intervenant dans l’élaboration et la mise en œuvre de l’action publique. Une fois identifiés, il est nécessaire de soutenir ces interlocuteurs. S’ils n’existent pas, si les différentes bonnes volontés ne sont pas structurées, il est indispensable de favoriser leur création ou leur organisation.

L’un des écueils de la démocratie participative est le temps. Le temps de la démocratie n’est en effet pas celui des délais administratifs. Or, il est indispensable d’accorder du temps pour éviter que les personnes concernées ne pensent assister à un simulacre de démocratie participative, où les décideurs se limitent à se faire applaudir par leurs supporters.

Les moyens

Donner les moyens humains et financiers, les outils nécessaires à une bonne diffusion de l’information, est indispensable pour impulser un état d’esprit et de nouvelles pratiques, voire inventer une culture d’action publique.

L’information doit être régulière, à la fois ascendante, relais de l’expression des habitants et des comités de quartiers, et descendante, relais de l’expression des élus et des services de la Région (notes d’étapes et une note de synthèse finale).

Quelques outils de sensibilisation de la population, à destination ou non d’un public précis :

  • Le journal de la collectivité ;
  • Une plaquette ou un numéro spécial, voire l’édition d’un guide pratique sur le sujet concerné, distribué dans les boites à lettres ;
  • Un livret pédagogique sur la démarche entreprise.
  • Un petit journal d’information spécifique ;
  • Un site Internet dédié au sujet traité, ou une page sur le site de la collectivité ;
  • Une campagne d’affichage ;
  • Une exposition, réalisée ou non avec le public concerné (scolaires, centres sociaux, centres de loisirs, quartier…);
  • Un colloque ou un forum-débat ;
  • Un salon afin d’informer les élus, les techniciens des collectivités locales et le grand public et de susciter l’envie d’agir ;
  • Un lieu spécifique (ex : la Maison de l’Environnement, des Énergies du Développement durable M2ED)

C’est dire combien le labeur qui nous attend est intense. Nous aurions donc tort de limiter toutes nos ressources de la communication à une campagne de « OUI » ou « NON » qui sera, inéluctablement, contreproductive, en l’état des mentalités actuelles, tant au niveau de la gouvernance que des gouvernés.

Qu’on le veuille ou non, la mondialisation et le libéral productivisme qui sévissent aujourd’hui, obligent l’État français à la rationalisation de son administration et des politiques publiques, à l’aune de la rentabilité. L’État-providence, la mère patrie, sont des concepts en péril.

Nos petits territoires insulaires n’auront leur salut, dans un tel contexte, que par la transformation écologique de notre économie et de nos modes de vie.

Nous Les Verts Guadeloupe, avouons sincèrement la volonté de faire de la politique autrement, d’élaborer des idées économiques qui sortent des sentiers battus du néo libéralisme et du keynésianisme, dans un esprit d'ouverture qui laisse de côté nos préjugés habituels, passer de l'écologie de dénonciation (qui a été et est encore nécessaire) à une écologie de propositions et de construction. Communiquer, agir, s'accorder sur des consensus et proposer des programmes d'action adaptés à notre archipel, telle est notre ambition.

L’autonomie énergétique, l’autosuffisance alimentaire, la préservation et la valorisation de notre biodiversité, la coopération régionale, l’économie sociale et solidaire sont de vrais sujets à appréhender de toute urgence, si nous voulons bâtir une société à notre échelle et échapper à l’uniformisation impulsée par une mondialisation féroce.

__''Harry Jawad DURIMEL 8ème Vice Président du Conseil régional Porte parole des Verts Guadeloupe''__