Nous sommes surpris et fortement déçus que la Guadeloupe ne soit pas prise en compte dans cette visite aux Antilles.

Le 7 mars 2006, votre prédécesseur Monsieur Xavier BERTRAND, de passage en Guadeloupe, était interpellé par lettre ouverte également car il n’avait pas jugé bon de nous rencontrer. Sur l’antenne de RFO Guadeloupe, il nous promettait « toute la transparence sur le sujet ».

Depuis, plus d’une année s’est écoulée et il a fallu la publication du rapport BELPOMME et l’intense battage politico-médiatique qui s’en est suivi pour qu’enfin le gouvernement sorte du lourd silence qu’il pratiquait pour occulter la gravité de cette contamination.

Malgré toute cette agitation, toutes les questions que nous posions restent encore sans réponses.

Sous la signature de votre prédécesseur, ont été publiés les arrêtés des 05 octobre 2005 et 10 octobre 2005, relatifs à la teneur maximale en chlordécone que ne doivent pas dépasser certaines denrées d’origine végétale et animale pour être reconnues propres à la consommation humaine.

Permettez nous de douter, Madame le Ministre, de l’efficacité de ces mesures qui ne font que confirmer le mépris de l’Etat français pour la santé des citoyens des DOM.

L'AFSSA est supposée protéger la santé des citoyens. Mais il semblerait que son rôle soit plutôt de fixer les normes derrières lesquelles pourront se retrancher les "politiques".

L’exemple du chlordecone en est la preuve.

Pour rendre légale la consommation d'un aliment contaminé par le chlordécone, l'AFSSA a fixé une LMR (limite maximale de résidus). Sur quelle base ? "Il existe très peu de données chez l'homme" reconnaît l'AFSSA. Elle affirme donc s'être basée sur des études statistiques concernant les habitudes alimentaires des populations antillaises.

La "norme" serait d'autant plus élevée que les produits seront peu consommés.

Selon ce principe qui a été appliqué aux Antilles, on a admis que 8 aliments (dachine, patate douce, igname, concombre, carotte, tomate, melon et poulet) pourraient être consommés s'ils contiennent jusqu'à 50 microgrammes de chlordécone par kilogramme. Pour d'autres, moins consommés, la limite serait portée à 200 microgrammes.

Pour mémoire, l'eau, pour être déclarée potable, doit contenir moins de 0,1 microgrammes de pesticide par litre. On pourrait donc consommer un aliment qui contiendrait 2000 fois cette dose !!!!!!

Notre scepticisme est encore plus grand quand nous vous avons entendu, dans la panique, nous annoncer que la LMR passerait de 50 à 20 microgrammes.

A QUAND LA TOLERANCE ZERO ?

Car nous les antillais ne pouvons croire que les microgrammes de chlordécone que nous ingurgitons chaque jour disparaissent en tirant la chasse à eau.
Par ce simple choix d'une "norme", le chlordécone continuera-t-il à contaminer les générations de consommateurs qui vont se succéder dans les siècles à venir ?.

Il est choquant de constater comment l’attitude des autorités nationales françaises est radicalement différente à l’égard d’épidémies selon la région affectée.

La politique de la DISCRIMINATION et de la DIVISION continue de plus belle avec un cynisme qui frôle le mépris.


Trois faits confortent cette analyse :

  • - La réaction du ministère public à l’égard des plaintes déposées en Guadeloupe et en Martinique.
  • - Votre propre attitude, qui consiste à rencontrer les associations qui militent pour la manifestation de la vérité sur ce sujet uniquement en Martinique.
  • - Dès les premières manifestations de la grippe aviaire sur le sol français, les mesures draconiennes étaient mises en œuvres pour prévenir et confiner l’épidémie. Une manne financière était annoncée en vue d’indemniser le préjudice prévisible des agriculteurs. Aux Antilles, on se contente de reconnaître, à demi mot, la toxicité, en prenant des mesures tardives, soi-disant au nom du principe de précaution, alors que le mal est avéré et qu’aucun moyen n’est réellement mis en œuvre afin de garantir aux consommateurs la traçabilité des produits vendus sur les marchés et dans les supermarchés.
Pourquoi pas de rencontres en Guadeloupe avec les associations sur ce sujet ?

A moins que vous n’ayez programmé des rencontres secrètes avec des personnalités complaisantes et bien pensantes ? Pourquoi une justice à deux vitesses et à deux visages selon qu’in s ‘agit de la Martinique ou de la Guadeloupe ?

Sachez Madame le ministre qu’aucune manœuvre de DIVISION et de DISCRIMINATION ne passera pas car guadeloupéens et martiniquais ont déjà compris que, face à une si grave contamination, seul un FRONT COMMUN nous permettra d’obtenir véritablement une politique publique de réduction de l’exposition de la population aux risques d’empoisonnement et de surveillance de l’impact sanitaire par delà les effets d’annonce.

GUADELOUPE ET MARTINIQUE MEME COMBAT !

Croyez, Madame le Ministre en nos respectueuses considérations.

Harry Jawad DURIMEL
Porte-parole des Verts Guadeloupe